Un voyage

VitreIls balayaient les paysages défilant à une vitesse vertigineuse. De droite à gauche dans un mouvement rapide, presque indicible, les yeux de la jeune femme roulaient en une boucle infinie, tentant de saisir quelques bribes de ces visions kaléidoscopiques. Tout allait trop vite pour imprimer dans son esprit ce qui se déroulait devant elle. Le train fendait l’espace, serpent de métal et de fer lancé à l’assaut des étendues sauvages. Fatigués de ne saisir que des fractions de secondes d’images fragiles, ses yeux se portèrent au loin, suspendant leurs interminables mouvements d’une extrémité à l’autre des paupières. Ils trouvaient ainsi quelque chose à retenir, une minute s’étirant dans les pensées de la femme, la marquant d’un souvenir indélébile. Elle fixait au loin une colline grandissante disparaissant peu à peu en une ligne interrompue par une maison perdue, un arbre isolé… L’obscurité d’un tunnel ! Elle sursauta un instant, relevant sa tête calée contre la vitre. Puis, elle se réinstalla confortablement.

Les lignes qui défilaient devant ses yeux se précisaient. Le temps changeait, plus gris, plus mystérieux, enveloppant d’un brouillard fantomatique ce pays qu’il découvrait. Reflétant davantage les âmes emportées au delà des plaines, les lignes dessinaient un visage, le visage d’une femme perdant son regard dans le flot ininterrompu, agitant ses prunelles dans une danse amusante. Il voyait ainsi apparaître, comme le dessinateur révèle son œuvre, la finesse de ses lèvres, la mélancolie de son regard. Dans un halo vaporeux elle prenait vie et animait les paysages inconnus, disparaissant un peu plus à chaque instant. Le rideau se leva soudain dans l’obscurité qui les frappait : elle entrait en scène, théâtre vivant où elle occupait le premier rôle. Saisissant à son tour ce regard qui l’a dévoile, elle invita à ce jeu innocent son compagnon de voyage…

Souvenirs

025/Turquie. Istanbul. Hammam  Cemberlitas.Quelque chose de mystérieux me fascinait dans l’éclat de ses yeux. Je ne pouvais soumettre plus longtemps mon regard sous ses prunelles brillantes, tant je craignais d’effleurer en son esprit le soupçon des sentiments. Et pourtant, je sentais qu’il fallait que je libère les voiles enserrés de mon esprit, afin qu’ils se délient sous les mots, et glissent sur mes lèvres pour embrasser les siennes… Je la croisais chaque jour mais restais pétrifié, ne trouvant que défiance là où elle déployait tant de patience.

Certain de son indifférence elle occupait pourtant mes rêves. Chaque nuit, je la trouvais endormie à l’ombre de mes songes. Quand son âme s’éveillait, elle tournait vers moi son regard, le visage reposant au creux de ses mains. Elle balançait lentement ses pieds nus au dessus de ses hanches dans un va et vient envoûtant. Ce bercement marquait les heures de la nuit, imprégnant mes rêves de cette image mouvante. Son dos nu ondulait doucement, de sa nuque fine à ses hanches, comme une rivière parcourant son dos pour s’épandre sur ses cuisses rondes. Nous étions si proche enveloppé l’un contre l’autre, et à la fois si loin lorsque son image s’évaporait. Parfois, derrière les brumes pastels tombant sur son visage, elle regardait le ciel allongée sur le dos, les bras jetés au dessus de sa tête, abandonnée dans un divin sourire. Alors, un souffle tiède emportait le bout de mes doigts contre ses pieds, apostrophes légères qui l’emportaient au delà du temps.. J’embrasais son âme, effleurais son corps, île de feu où la source jaillissait, laissant sur sa peau le souvenir de l’aurore, sa douce fraîcheur exaltante… Souvenir vivant de son passage au matin…

Et puis le jour, quand je croisais cette fille, je revoyais ces images défiler devant mes yeux, s’emparer de mes pensées, éveiller la douce sensation de ma main glissant contre sa peau… Elle s’appropriait mes nuits, mes souvenirs au matin, ravivait ma flamme quand elle passait à mes côtés. Je ne pouvais la regarder sans imaginer ces nuits, sans ressentir quelques élans brûlants en mon âme. Tremblements de cœur et chaleur envoûtante m’égaraient balbutiant sous le feu de ses yeux… Ses mots s’élançaient comme des glaives, menaçant à chaque instant de découvrir ce que je n’osais dire.

Et c’est alors qu’une nuit, cette nuit qui resta à jamais gravée dans ma mémoire, elle s’approcha de moi doucement, ôta les liens de l’étoffe qui enserrait ses hanches. Celle-ci roula à ses pieds comme une rivière dévoile ses flots purs… Elle s’allongea sur le côté, se pressant délicatement, laissant son odeur sur ma peau, plongea son doux regard aux tréfonds de mon âmes… Ses caresses abandonnaient mon être à l’exquise douceur de sa main, elle me pressait contre son cœur, imprégnant dans mon esprit chaque sillage et chaque lignes effilées qui s’embrasaient peu à peu… Mais le jour déjà paraissait à l’horizon, douce clarté laiteuse baignant son visage, projetant des ombres infinies sur sa peau… Mes yeux éblouis se fermèrent.

Au petit matin quand ils se rouvrirent, elle disparaissait peu à peu, emportée par le jour dans sa demeure éternelle, là où les songes s’égarent…

Au loin

368218_more_mayak_noch_pejzazh_1680x1050_(www.GdeFon.ru)       Malgré les tempêtes et les orages, les embruns cinglants et les larmes acides des cieux, elle est là, dressant les flammes au sommet du grand phare, repère inébranlable de mes nuits profondes. Elle possédait cet aura puissant qui rayonne aux confins de l’espace, étendues infinies où je me perdais quelques fois. Là où mes craintes échouaient, la douce chaleur du foyer incandescent dissipait les sombres écueils, qui menaçaient si souvent ma route…

Ce soir, près du port

6944446       Je repense à ce doux moment, si calme au milieu de l’agitation confuse qui régnait ce soir là. Je repense à cette soirée assis sur le port, à regarder le soleil décliner entre les tours de gardes. Deux colonnes élancées encadraient cette lueur frémissante, s’éteignant peu à peu à mesure que nos cœurs se parlaient… J’imagine encore cet instant accompli, cet instant de paix profonde où je profitais de l’essentiel, un peu de toi, un peu de Lui au milieu de nous… Paysage magnifique créé par Sa main, habité par celle de l’Homme, sublimé par ton regard de braise. Je repense à notre promenade près du port, la tiédeur du soir nous enveloppant, heures si précieuses de nos voyages vers l’inconnu…

Un jour encore

voyage-dans-le-temps_thumb       Le temps s’étire, interminable, laissant un grand vide, un regard abrégé, une parole en suspend. Comme un rêve lointain, absent, laisse ses larmes au matin dans l’aurore naissante… Chaque jour demeure, au creux des heures s’allonge, les retient et s’efface devant la nuit, sourire narguant, interminable obscur que le silence alourdit. Chaque jour est bien plus qu’une peine, une étreinte figée, sur les souvenirs de papiers…

Genèse

       Tirée du cœur de l’homme, sublimant la volonté inaccomplie de son âme, portant son désir au plus intime des êtres, elle magnifie en son sein la fougue brûlante de l’entrelacement des corps, le doux langage des murmures effilées. Sous ses courbes infinies et la grâce de ses mouvements, elle porte dans un souffle l’abandon des esprits, délivrant le monde de sa mélancolie grise et collante. Miroir trinitaire, elle incarne sous un regard divin le Mystère incandescent de l’Amour, s’abandonne à l’époux et frissonne sous la tendresse des baisers, là où la marque des anges s’efface au milieu de ses lèvres…. La tête posée dans ses mains, ses cheveux comme mille reflets d’or, flagelles de feu rayonnant au prisme de son regard, elle enserre au creux de ses hanches celui qui lui donnera demain, le fruit de leur amour…

Je me rappelle d’un rêve…

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       Je me rappelle d’un rêve où elle marchait vers la mer, une brise légère jouant dans ses mèches blondes… Je me souviens de ces reflets d’or caressant son dos nu, et de cette étoffe fine qui enserrait ses hanches…. Deux fines lanières se croisaient sous sa poitrine et se joignaient derrière sa nuque. Les rayons d’un soleil pastel se glissaient contre sa peau, exaltant la beauté de ses formes, les douces rondeurs de ses seins, la grâce de ses hanches… L’embrun de la mer perlait doucement contre son visage, myriade de reflets argentés dans le clair-obscur du soir…

      Je me rappelle de ce rêve où elle marchait vers la mer, le pas assuré, le visage détendu, souriant, ce visage que je voyais si souvent dans ces rêves qu’elle occupait… Elle passa la main dans son cou, défit d’un geste le nœud de satin, délivrant alors les fines bandes de tissu… Elles roulèrent contre ses épaules et tombèrent à ses pieds couverts d’or… La belle nue, divine vision, éveillait mille sens, m’invitant d’un regard à suivre ses pas… Elle se laissait glisser dans les flots turquoises, baignant son corps d’un hâle lumineux, comme l’écho de ses yeux contre sa peau…

      Vénus révélée par les flots, émergeant de la mer pour suspendre mes nuits, elle remontait peu à peu vers les terres… Ses mains jointes au bas de son ventre, elle s’avançait doucement… Elle marchait vers moi, tandis que mon corps s’alourdissait. Soudain, elle s’évapora dans mes bras, dans cette étreinte devenue muette, laissant la douce chaleur de son baiser dans mes souvenirs au matin…